Cette année, au début de l'été, j’ai proposé avec mon ami et collègue Pascal Mullard un stage de thérapie intitulé “Voyage au cœur de soi”. Une expérience de deux jours qui s’articule notamment autour de l'écriture et qui s’est avérée extrêmement riche pour les participants comme les animateurs.
Il est des voyages dont on ne revient pas avec des souvenirs, mais avec des empreintes.
Pendant deux jours, nous avons marché ensemble sur des chemins qui n'existent sur aucune carte. Il n'y avait ni destination à atteindre, ni vérité à découvrir, seulement cette invitation, fragile et exigeante à la fois : se laisser rencontrer. Par soi. Par les autres. Par ce qui, parfois depuis longtemps, attendait silencieusement son heure d'apparaître.
L'écriture fut notre fil rouge. Non pas l'écriture qui explique ou qui raconte, mais celle qui s'approche, hésite, contourne, révèle. Celle qui accepte de ne pas savoir avant d'écrire ce qu'elle cherche. Les mots ont alors cessé d'être des réponses pour devenir des traces, des cailloux déposés sur le chemin, des tentatives de dire l'indicible.
Les corps, eux aussi, ont écrit.
Ils ont écrit dans le souffle retrouvé après la danse. Dans l'hésitation d'un pas. Dans la tension qui se relâche. Dans l'élan soudain d'oser. Dans la douceur inattendue d'une présence. Ils ont rappelé qu'avant les récits, il existe une mémoire plus ancienne, plus discrète, qui connaît parfois le chemin avant nous.
Au fil des heures sont apparues des images : des mers et des bateaux, des montagnes à gravir, des arbres auxquels s'adosser, des carrefours où choisir sa route, des oiseaux prêts à déployer leurs ailes, des jardins cachant sous une pierre quelques vérités oubliées.
Il y eut des questions.
Des questions simples et vertigineuses :
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Qui suis-je lorsque je cesse de raconter qui je suis ?
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Qu'est-ce qui, en moi, cherche à vivre davantage ?
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Qu'ai-je peur de perdre si je m'autorise enfin à choisir ?
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Comment continuer à avancer lorsque le chemin devient incertain ?
Certaines réponses ont pris la forme d'un poème. D'autres d'un silence. D'autres encore d'une larme, d'un rire ou d'un mouvement du corps.
Il a été question d'amour, bien sûr. D'amour donné, reçu, attendu, parfois empêché. D'amour de soi aussi, ce territoire étrange où l'on découvre que s'accueillir n'est pas se résigner, mais consentir à rencontrer ce qui est là. Il a été question de confiance, de légitimité, de peur, d'audace. De ces moments où l'on comprend que la vulnérabilité n'est peut-être pas l'opposé de la force, mais l'une de ses formes les plus humaines.
Des empreintes sont restées.
L'empreinte d'un corps qui se souvient qu'il est vivant.
L'empreinte d'une parole qui ose enfin se dire.
L'empreinte d'une tristesse devenue partageable.
L'empreinte d'une puissance retrouvée là où l'on ne cherchait plus.
L'empreinte d'une tendresse qui apparaît lorsque les défenses se reposent.
L'empreinte d'une liberté qui ne consiste pas à savoir où aller, mais à accepter d'être en chemin.
Et puis il y eut cette découverte, toujours renouvelée dans les groupes : nous ne voyageons jamais seuls. Nous avançons à travers les regards qui nous accueillent, les présences qui nous soutiennent, les résonances qui nous déplacent. Quelque chose de soi apparaît parfois parce qu'un autre est là pour le recevoir.
Au terme de ces deux jours, personne n'était arrivé quelque part.
Mais peut-être certains avaient-ils commencé à habiter autrement leur propre route.
Comme l'écrivait ce mystérieux Prince des vents, des routes et des jours à venir, rencontré au détour d'un jardin : « Le voyage continue, la danse continue. Chaque jour amène son diamant. »
Alors nous sommes repartis.
Non pas avec des certitudes.
Mais avec quelques empreintes.
Et peut-être est-ce cela, au fond, un voyage au cœur de soi : découvrir que le chemin ne mène pas à une réponse, mais à une présence plus vivante à ce qui, en nous, continue de chercher sa propre forme.
Rendez-vous en décembre 2026 pour un nouveau“voyage au cœur de soi”.



