Pour les amateurs de stéréotypes, Jean-Philippe Magnen est une énigme : si ce jeune quadra reconnaît volontiers que l’étiquette de  ‘’bobo’’ dont certains tentent de l’affubler comporte une part de vérité, on aurait tort de ne voir en lui qu’un pur produit de la fameuse « planète verte » chantée par Renaud.
En couple, trois enfants au sein d’une famille recomposée, psychothérapeute, issu de la « classe moyenne supérieure » –père chef d’entreprise, ancien centralien, mère assistante sociale, l’homme vit aujourd’hui dans un ancien village de pêcheurs sur les bords de Loire, et a fait du scooter électrique son moyen de transport quotidien : voilà pour l’image d’Epinal de l’écolo urbain et insouciant.
Mais lorsqu’on pousse un peu le portrait, on découvre des aspects plus (d)étonnants, et une personnalité plus riche et complexe que ne le laissent à imaginer les adeptes de la caricature.
A commencer par un parcours personnel qui n’a rien d’un long fleuve tranquille...

Très jeune, sa taille et sa carrure athlétique font de lui un basketteur prometteur : sa famille quittera Versailles pour s’installer à Dijon, où il rejoint le centre de formation du club professionnel local, en parallèle au lycée. Pendant trois ans, il se frottera à de futures vedettes des parquets. De cette expérience, il conserve le goût du collectif : capitaine de l’équipe, il apprend à faire fonctionner ensemble des personnalités fortes, et des talents complémentaires. « L’essentiel, c’est de permettre à chacun d’apporter à l’équipe son énergie et sa vision du jeu, et de faire converger tout cela, en veillant à conserver une bonne humeur collective » glisse-t-il pour résumer cette période de sa vie.

De ses études, il admet qu’elles ne lui ont pas laissé un souvenir impérissable : formation commerciale en poche, il mettra peu de temps à identifier que la SSII dans laquelle il est embauché à l’issue de son parcours scolaire ne lui permettra pas de s’épanouir.

Nous sommes au tournant du siècle, et le libéralisme économique culmine avec le mirage de la croissance numérique et technologique sans limites. Un stage effectué un été dans une fondation d’aide aux tétraplégiques le convainc de créer, avec un ami, une association pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées.

L’initiative rencontre un écho plutôt favorable dans le monde des organisations sociales, mais demeure étrangère à la sphère économique. Très tôt pourtant, les deux compères réalisent que les actions de formation et d’insertion sociale se heurtent à la barrière de l’emploi : réparer ne suffit pas. Il faut aussi offrir aux personnes handicapées, mais également aux exclus de l’emploi des perspectives durables, et économiquement viables. L’association change d’objet, et se fixe pour ambition de mettre en réseau des acteurs économiques très divers – associations d’action sociale, mais également créateurs d’entreprises de services collectifs ou à la personne, coopératives… Le premier réseau d’économie sociale et solidaire dijonnais voit le jour, financé par des fonds européens et des contributions de fondations d’entreprises, tandis que les collectivités locales restent dans l’expectative.  Quelques années plus tard, elles se rendent à l’évidence : l’activité répond à un besoin, et le secteur est créateur d’emplois. Le soutien se formalise, et le réseau accède à une reconnaissance nationale, employant jusqu’à 9 salariés. « Une petite agence de développement économique de l’économie sociale et solidaire » est née.

La gauche plurielle est au pouvoir, et l’initiative intrigue : Jean-Philippe est amené à rencontrer conseillers ministériels et élus pour leur exposer les fondements de cette économie nouvelle qui prend forme. C’est chez les Verts qu’il rencontre l’attention la plus immédiate, et des relations se nouent, qui joueront un grand rôle dans la suite de son parcours politique.

Mais nous n’en sommes pas là.

S’il s’épanouit sur le plan professionnel, Jean-Philippe Magnen ne néglige pas pour autant sa vie personnelle : en 98, la naissance de son premier enfant l’amène, avec sa compagne de l’époque, à imaginer un nouveau projet de vie. Géographiquement plus à l’Ouest, professionnellement en phase avec l’une de ses passions : la psychologie.

Au terme d’une réflexion rapide, Nantes s’impose, et la tribu Magnen s’installe donc en 99 dans la cité des Ducs : Jean-Philippe découvre la ville, et suit une formation professionnelle qui lui laisse du temps pour explorer de nouveaux horizons. Les Verts, croisés auparavant, ont confié à Daniel Cohn Bendit la responsabilité de conduire leur campagne européenne. « Je suis venu à l’écologie par l’économie, et aux verts par Dany » sourit-il, en évoquant son adhésion au parti écologiste lors de cette campagne électorale. Il est tombé dans le bain : il n’en sortira plus. Son expérience dans le secteur de l’économie sociale et solidaire est repérée, et appréciée : il fréquentera assidument Guy Hascoët, secrétaire d’Etat du gouvernement Jospin.

Au plan local, son intégration aux Verts nantais est rapide, et il rejoint en 2002 le groupe écologiste allié à Jean-Marc Ayrault, qui lui confie le secteur …de l’économie sociale et solidaire. A la communauté urbaine, il porte ses dossiers avec enthousiasme, et est à l’origine d’Ecossolies, inter réseau local actif, qui trouve son illustration populaire dans un événement qui fera date, sur l’île de Nantes en pleine évolution. « 20.000 personnes rassemblées pour faire la fête, mais aussi pour réfléchir à une nouvelle forme d’économie, qui génère des activités pérennes et utiles, ce n’est pas rien… ». Aux responsabilités locales s’ajoutent une action nationale : vice-président du réseau des Territoires pour l’Economie Sociale et Solidaire (50 collectivités représentées), il confronte son expérience à celles de ses homologues. Chez ce psychothérapeute nouvellement installé en cabinet (« je tiens à préserver un équilibre entre engagements politiques et vie professionnelle »), l’écoute est une seconde nature. « On a toujours à apprendre des autres, même de ceux dont, a priori, on n’est pas proches » .

Pour les Verts nantais, Jean-Philippe Magnen devient vite « une valeur sûre » : s’il n’est pas, à la différence de beaucoup, venu à l’écologie par un engagement essentiellement environnemental, il incarne l’idée selon laquelle « la question écologique et la question sociale sont indissociables ». Une conviction qu’il aura l’occasion  de défendre aux cantonales de 2004 dans les quartiers ouest de Nantes, où il obtient un score flatteur de près de 12% au premier tour. De quoi faire réfléchir les adeptes de la dichotomie facile entre « bobos » et « prolos ».

La campagne européenne de 2009, il la vivra de l’intérieur, candidat en troisième place sur la liste conduite par Yannick Jadot dans le grand Ouest. Un résultat élevé (16%), mais surtout une campagne dynamique et joyeuse le renforcent dans son intuition : l’écologie enrichit la gauche et contribue à adapter son projet aux attentes de l’électorat et aux défis d’aujourd’hui.

A la veille du scrutin régional, les écologistes des Pays de la Loire le mandatent pour mener la liste Europe Ecologie : « Une élection régionale c'est une élection de projet, et c'est la désignation d'une équipe pour le mettre en œuvre : demandons à nos concitoyens de nous aider, par leur vote du premier tour,  à construire ce projet et ses priorités. Et au second tour, nous saurons choisir les responsables qui en auront la charge, et nous rassembler » dit-il avec sérénité. Derrière le responsable politique, c’est l’ex-capitaine, adepte du jeu collectif qui refait surface. Le ton est calme, le regard assuré. Jean-Philippe Magnen ? Ecosolide !

Ecrit par Eric Fallourd en décembre 2009