Le discours que j'ai tenu en mars 2010, au meeting commun La Gauche et l'Écologie en Action. Je crois ce jour-là avoir été très clair sur le pacte qui nous unit entre socialistes et écologistes, notre "partenariat" très objectif autour de valeurs fortes, mais aussi nos différences. Un discours très apprécié à l'époque... même par ceux qui n'en partageaient pas forcément tous les attendus.

Pour ceux qui préfèrent la vidéo, c'est ici.

«  Chers amis, chers… partenaires !!

Oui, je suis très content d’être ici ce soir parmi vous, avec mes amis, aux côtés de partenaires. Mes amis d’Europe Écologie, qui sont nombreux ici ce soir, que je veux saluer, dont je suis fier d’avoir porté la voix lors de cette campagne, mes amis, sympathisants et électeurs d’Europe Ecologie qui avez hissé notre région, dimanche dernier au 4ème rang des régions françaises pour le vote écologiste.

Et puis chers partenaires du Parti Socialiste, partenaires parmi lesquels j'ai également des amis. Avec vous, s’ouvre une nouvelle période qui s’annonce palpitante, passionnante. Nous allons travailler ensemble, entre partenaires impliqués et loyaux, à bâtir la région solidaire, écologique et innovante que nos concitoyens ont commencé à dessiner dimanche soir.

Et, entre nous , dans cette histoire, l'UMP n'a pas cessé de se tromper ! Ils se sont trompés sur la stratégie : ils ont cru qu'en faisant rentrer tout le monde dans le même carcan partisan dès le premier tour, ils pourraient créer une dynamique qui suffirait à les placer assez haut pour aborder, avec certitude, le second.


Mais qui pouvait croire en cette alliance de la carpe et du lapin, au mariage des cathos et des fachos, à la cohabitation des soi-disant "écolos populaires" et des chasseurs ? Ils n'ont pas compris que les Français ne veulent pas de majorités de façade, unanimistes et monocolores, mais des partenariats sincères, respectueux et dynamiques. Ils n'ont pas compris que le mode de scrutin des régionales, qui est sans doute le plus démocratique de tous, et que nous avions d'ailleurs inventé ensemble - et Martine et Dominique s'en souviennent : elles étaient ensemble au gouvernement - ce mode de scrutin, il n'élimine pas, il agrège.

Ce n'est pas pour rien d'ailleurs que l'UMP veut s'en débarrasser. Oui, sur la stratégie, l'UMP s’est trompé, l’UMP n’a rien compris. Mais depuis dimanche, on pourrait espérer qu'ils auraient au moins saisi le message : il n'en est rien ! Et, il suffisait de regarder les plateaux TV dimanche, il suffit d’écouter encore les Béchu et les Fillon qui continuent de s’égosiller ces jours-ci, pour voir que l’UMP n’a encore rien compris. Ils nous disent : tout ça ne veut rien dire, car il y a l'abstention.

Ce qu'ils refusent de voir, c'est que, dans notre région, la gauche et l'écologie ont réuni 47.000 voix de plus qu'au premier tour en 2004. Dimanche, les électeurs ont dit, par leurs votes, mais aussi par leur abstention, leur exaspération devant l'imposture du sarkozysme. Ils ont dit : "Béchu, c'est fichu ! Sarkozy, c'est fini !". Mais l'UMP n'a pas compris. Alors, dimanche, vous et nous, amis et partenaires, nous allons nous charger de leur faire comprendre le message !

Certains ont pu s’étonner, voire critiquer les deux jours de discussion que nous avons vécus au lendemain du vote de dimanche. Eh bien moi j’assume ces heures de discussion, ces heures de négociation qui nous ont amenés, nous écologistes et vous socialistes, à confronter nos programmes, à articuler leurs points forts, à co-construire notre nouvelle plate-forme de projet.

Ce soir, je veux d’abord féliciter Jacques Auxiette pour son beau résultat de dimanche de dernier. Et je veux rendre hommage à l'esprit dans lequel son équipe et la mienne avons su dialoguer, avancer, en prenant le temps nécessaire et dans la sérénité, vers un projet innovant. Le projet solidaire et écologiste que nous nous sommes en mesure de proposer aux électeurs de notre région.

Cet esprit de co-construction dans le respect des sensibilités des uns et des autres, je suis sûr qu’il est celui que demandent les électeurs, il est celui qu’appelle la dynamique des votes de dimanche dernier, il est celui qui nous donnera la victoire dimanche prochain. C’est cet esprit qu’il faut faire triompher partout, et je dois avouer ma grande déception qu’on n’y soit pas arrivé partout - je pense évidemment à la Bretagne administrative. Cet esprit de dialogue et de clarté nous a permis ici de construire un projet qui enrichit et conforte les deux projets que portaient nos deux listes.

Chez vous, comme chez nous, il y en a sans doute qui pensent que ce projet n'est pas l'idéal auquel ils aspiraient. Mais l'idéal ne peut se rechercher sans prise en compte du réel. Je sais que vous me comprenez : Jaurès l'a très bien dit, en son temps ! Et c'est pour cela que ce projet est le meilleur qui puisse être : il prend en compte les messages des électeurs, il les articule. Il n'a pas été, comme d'autres, inventé dans un bureau de l'Elysée, et ficelé une fois pour toutes - sur le mode : circulez, y'a rien à voir !

Ce projet, c'est le fruit de la démocratie. C'est la conversion écologique, placée au centre de la nouvelle politique économique régionale : ce sont, par les politiques de l'emploi, de la formation et de l'apprentissage, 40 à 50.000 emplois maintenus, créés ou convertis. C'est la priorité absolue donnée aux développement des transports en commun et l’engagement de zéro financement pour les nouveaux programmes routiers Ce sont des objectifs ambitieux pour le climat – l’échec de Copenhague n’empêche pas d’avancer, ici et maintenant : à l’horizon 2020, 30 % d’Energies renouvelables, moins 30% de consommation d’énergie, moins 30% d’émissions de gaz à effet de serre. C'est le doublement des surfaces en agriculture biologique. C'est la conditionnalité forte à toutes les aides régionales : conditionnalité sociale, conditionnalité environnementale, conditionnalité de non-discrimination… C'est la mise en place d’une cellule de veille et d’alerte sur les projets d’aménagement impactant l’environnement et la santé. Notre projet partagé, c'est tout cela. Et puis, il y a le sujet qui fâche …certains attendaient sans doute que j’y arrive… Eh bien oui, nous ne sommes pas d’accord sur tout, nous écologistes et vous socialistes, ne sommes pas d’accord sur tout. Mais nous sommes d’accord pour parler de tout, à voix haute et devant nos concitoyens, devant les électeurs !

Alors oui, il y a le point difficile de NDDL. Nous écologistes sommes toujours fermement opposés à NDDL. Nous avions des divergences sur la question, nous avons des divergences, nous aurons des divergences. Nous ne les nions pas, nous les assumons et nous les mettons même au cœur de notre contrat pour la Région. Nous avons précisé nos points de vue, nous avons enregistré des avancées. Tous les opposants au projet peuvent en mesurer la portée : C'est le refus de la Région de prendre la responsabilité – technique et financière - d’un équipement qui relève de l’État, C'est aucune subvention d’investissement C'est aucun déficit d’exploitation comblé par les finances régionales, C'est aucun financement d’infrastructures routières…

Pour nous, voilà de très nets progrès. Et si nos partenaires socialistes pourront – pourraient – accorder des avances remboursables à ce projet, et uniquement des avances remboursables, jusqu’au bout, nous écologistes, nous aurons la liberté de voter contre, de nous exprimer contre et d'agir contre !! Loyauté dans nos différences, différences mais solidarité : je crois que nous sommes en train d’avancer, que nous inventerons demain avec toi Jacques, dans ton équipe, une nouvelle façon de faire de la politique. Plus partenariale, plus subtile, plus compliquée peut-être… mais tellement plus fidèle à la réalité de notre société.

Une nouvelle façon de faire de la politique qui ne s'incarne pas dans une voix unique et monocorde, une nouvelle façon de faire de la politique qui sait entendre les complexités de la société, et traduit les courants qui la traversent, Une nouvelle façon de faire de la politique qui envisage autrement l’aménagement, le développement, le progrès et le modèle de développement. Une nouvelle façon de faire de la politique qui refuse les privilèges qu'accorde trop souvent la seule naissance au bon endroit. Qui refuse le culte de l'argent accumulé plus que gagné, de la richesse transmise plus que créée...

C’est cet esprit qui a présidé à la construction de notre projet en Pays de la Loire, C’est cet esprit qui nous fera gagner dimanche. Gagner ici, et gagner partout en France, dans toutes les régions de France. Car il faut gagner dimanche dans toutes les régions de France, une grande vague rose et verte, verte et rose... – pour que toutes ces régions deviennent coopératives. Qu'elles deviennent co-équipières. Qu'ensemble elles puissent construire un vrai projet d'alternance. Un vrai contre-projet au Sarkozysme.

En 2007, nous avions laissé s'échapper la victoire de 2004. En 2012, ne nous laissons pas voler la victoire de dimanche ! Oui, 2010 prépare 2012. Accepter et assumer nos différences. Faire converger le souffle de l'écologie et la pratique politique de la gauche. S'organiser et se respecter : la feuille de route que nous ont fixée les électeurs ici, sachons nous en souvenir demain et partout. Votre présence ici ce soir, Dominique et Martine, a ainsi ce double sens : celui de nous accompagner ici, d’accompagner la dynamique de gauche et de l'écologie dans notre région, mais aussi celui de faire vivre la promesse d’une grande victoire dimanche soir, ici et partout en France.

Mais j'en finis là. Place maintenant à celui qui dimanche, à la tête d'une majorité renouvelée de la gauche et de l'écologie sera réélu président de notre région. Jacques, c'est à toi ! »