À l'heure où certaines déclarations font l'actualité, j'ai donné la tribune ci-dessous à Libération, titrée "EELV et le gouvernement: c’est exigeant, la responsabilité". Comme une mise au point, et un pari constructif, pour l'avenir.

Difficile d’être aux manettes d’un exécutif. Plus compliqué encore de participer à une coalition politique, notamment en position d’allié minoritaire...

Il n’empêche : les écologistes ont choisi collectivement de s’allier aux socialistes sur un accord programmatique. Aussi partiel soit-il, jamais il n’a été aussi ambitieux. Ils ont choisi aussi de participer avec eux au gouvernement de la France et d’animer une majorité parlementaire… Ce serait une position bien légère, 6 mois plus tard, que de quitter le navire aux premiers coups de vent dans cette période où les gens attendent de ce gouvernement qu il tienne la barre pour amorcer un VRAI changement durable... avec les écologistes.

Certes, les uns et les autres peuvent s’interroger. Certains peuvent même y réfléchir à haute voix, et encore « mieux » se mettre en scène en train de le faire…

Cela n’empêche que le sens des responsabilités et l’engagement collectif qui définissent le projet-même d’un parti de gouvernement, qui a vocation à agir sur la réalité et à s’en coltiner les complexités, devraient nous l’interdire.

Notre responsabilité, celle que nous imposent nos convictions, c’est de continuer à tout faire pour mettre plus d’écologie dans le projet gouvernemental et dans les politiques publiques. Ce n’est pas de vivre le complexe du « strapontin éjectable », et tous les quatre matins de se poser la question de rester ou pas au gouvernement, qui va nous y aider. De toute façon, il existe un contrat au cœur du pacs gouvernemental, et les deux partenaires ont l’obligation partagée de le respecter, ou d’y mettre fin, ensemble.

C’est au total une question de responsabilité. Quitte à être responsable pour deux.

Car en effet nous ne sommes pas d’accord sur tout. Malgré la mobilisation indiscutable de l’équipe dirigée par Jean-Marc Ayrault, où les ministres écologistes ne sont pas les derniers à travailler d’arrache-pied sur leurs dossiers respectifs… Il n’y a pas assez d’impulsion écologique dans la réalité des projets gouvernementaux, au regard même de l’ambition affichée par ce gouvernement, notamment par le président Hollande lors de la Conférence environnementale.

L’entêtement sur l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, les arbitrages décevants sur le rapport Gallois, le retard sur la fiscalité écologique, comme la non-reconnaissance des 22 milliards de niches fiscales sur la pollution, les interrogations persistantes sur l’ampleur à donner à la transition énergétique ou le manque d’ambition sur la transformation écologique de notre industrie en crise, notamment l’automobile… On pourrait rajouter à cela les engagements sociétaux et institutionnels pour l’instant non tenus comme le droit de vote des résidents étrangers. Oui, tout cela nous inquiète et nous interroge, pourquoi le nier ? Les parlementaires se sont exprimés sur ces sujets, collectivement et/ou individuellement, en général avec un vrai sens de la loyauté majoritaire. De son côté, le parti a affiché des positions claires et fermes, et s’est appliqué à le faire d’une seule et même voix, à sa juste place qui est celle de l’accompagnement critique de l’action gouvernementale, positif souvent, aiguillon parfois.

Ce n’est pas en ajoutant à cela des gesticulations médiatiques que l’on fera avancer le débat. Au contraire. On ne fait qu’éroder la confiance de l’opinion publique.

Pour faire progresser l’impulsion écologique, au service de nos concitoyens et pour chaque jour tenter d’en faire partager l’urgence, il est aujourd’hui indispensable de régler la mécanique de la majorité, d’améliorer sa gouvernance. Le contrat qui lie le PS et EELV, préparé et signé avant les législatives, doit être revu et enrichi pour devenir un contrat de majorité. Nos deux partis doivent travailler et se rapprocher pour pousser les feux de leurs accords et ambitions communes.

Pour peut-être aussi prendre le risque de l’affrontement, voire de la rupture, sur certains sujets. Avec les conséquences que l’on peut imaginer.

Mais alors nous agirions en toute clarté idéologique et toute transparence face à l’opinion. Pour gagner, les uns et les autres, en crédibilité et donc en énergie pour l’action.

 

Par JEAN-PHILIPPE MAGNEN, Porte-parole d'EELV