S'ouvrent ce mercredi à Poitiers les journées d'été d'EELV. L'occasion pour moi d'affirmer ma vision de l'avenir de notre parti, en ce moment crucial. Nous entamons un virage important, à l'aube de débats de fond essentiels : le traité européen (TSCG), la conférence environnementale, le débat énergie et tout ce qui tourne autour de l'emploi et du redressement productif. EELV doit affirmer son identité de parti écologiste autonome tout en participant à l'élaboration des politiques publiques dans la coalition gouvernementale.

Pour un parti de « bâtisseurs » !

Et si nous nous réjouissions enfin du chemin parcouru ? Sans doute est-il inscrit dans l'ADN des écologistes que de douter, et il faut se féliciter bien sûr de cette intransigeance morale et intellectuelle qui fait de nous des "animaux politiques" bien différents de la faune politicienne traditionnelle… Mais le temps que nous vivons en cette année 2012, s'il est complexe, doit-il être seulement celui de la remise en cause et des atermoiements ?

Au contraire. Je suis persuadé que c'est le moment de franchir une nouvelle étape. Celle de l'approfondissement toujours plus fort de nos convictions et surtout de leur partage renouvelé avec nos concitoyens, et donc de leur intégration stratégique au cœur des politiques publiques qui doivent changer durablement notre pays.

Cette nouvelle étape n'est certes pas celle du repos : nous ne sommes pas "arrivés" ; les victoires acquises ne préjugent pas de celles de demain ; et il y a mille périls qui nous guettent et qui surtout pourraient mettre à bas tout le travail réalisé. Si nous n'y prenons garde, nous pourrions rapidement perdre le crédit gagné dans l'opinion, avec la conséquence gravissime du recul de la cause de l'écologie, alors même que l'urgence environnementale ne connaît pas de vacance.

L'autonomie du parti, c'est maintenant !

Est-ce une épreuve pour un parti que d'avoir, pour la première fois de son histoire, deux ministres, un groupe parlementaire à l'Assemblée nationale et un autre au Sénat et des centaines d'élus locaux et régionaux ? Oui, c'est le cas pour EELV, il faut l'admettre au regard de notre Histoire de contestataires et d'opposants, nous devons en permanence justifier nos choix stratégiques, et cela a été très prégnant durant cette séquence Présidentielles – Législatives.

Voilà donc un premier objectif à atteindre : nous mettre au clair en interne du choix stratégique qui a été fait, dans les conditions de la vie politique qui nous sont données, pour travailler ensuite à l'expliquer à l'opinion. Avec pour cela des arguments massue. Le premier est que, outre que nous sommes bien loin des errances des partis traditionnels, nous sommes désormais en mesure de faire changer ces conditions de la vie politique : décentralisation, non cumul, proportionnelle, parité, vote des résidents étrangers… Le deuxième argument est celui de l'avancée de nos propositions dans les lignes directrices du gouvernement Ayrault. J'écris bien l'avancée, pas la victoire, soyons précis !

Le troisième, et c'est peut-être le plus important de ces arguments, est celui de l'autonomie du parti. Un défi, bien sûr, puisque nous avons choisi de participer de plain-pied à la majorité gouvernementale. Mais un défi à relever pour donner toutes ses chances de succès à l'alliance gauche-écologiste au pouvoir. Soyons d'ailleurs surs que nos « amis » du PS n'en doutaient pas vraiment même s'ils restent tentés d'intégrer l'écologie comme une thématique parmi tant d'autres dans le projet socialiste. Ils nous connaissent suffisamment pour ne pas avoir cru une seule minute que nous nous transformerions en godillots au premier maroquin obtenu !

Ce défi de l'autonomie du parti, nous le remporterons si nous cultivons en premier lieu le lien avec les acteurs de terrain, avec les associations environnementales et les ONG, quitte à le réinventer dans ses modalités. Ce défi de l'autonomie, nous le remporterons aussi si nous savons rester les mêmes, capables d'avoir un pied ferme dans les luttes qui nous tiennent à cœur, et l'autre tout aussi affirmé aux manettes du pouvoir national et dans tous les exécutifs de collectivités où depuis quelques années nous faisons nos preuves.

Retrouver et ré-enchanter les militants

En fait, l'autre facette de ce défi est de retrouver nos militants. Je ne parle pas ici des soit-disantes défections massives qui nous frapperaient, micro-incidents qui ne trouvent de résonnance que chez nos ennemis politiques ou traditionnels détracteurs. Je veux en fait souligner qu'il y a une urgence à retrouver le fil que nous avions su commencer à tisser lors des Européennes de 2009 et poursuivi pour une bonne part lors des Régionales de 2010, celui d'une mobilisation large et rafraichie avec un réservoir de militants et sympathisants nouveaux, symbolisé par cette envie d’ouverture qui a caractérisé la création d’Europe-Ecologie Les Verts fin 2010. Cependant, le souffle d'alors est manifestement retombé, et il est urgent de lui redonner de l'énergie. Autrement, oui le risque serait grand de "PRGisation", celui d'être un parti d'élus sans base militante, et donc un parti contraint de n'être que force d'appoint dans des majorités aléatoires, plus ou moins respecté et/ou écouté selon la période.

Cet effort de redynamisation n'est pas mince, à la fois parce que la "vocation" politique n'est pas si courante et parce que nos sympathisants ont souvent peu d'intérêt pour la "politique telle qu'elle se fait". Je ne peux pourtant m'empêcher de croire que nous pourrons y parvenir si nous maintenons le cap de nos convictions au cœur de la gauche au pouvoir sans perdre un lien direct avec la société civile, et si nous nous appuyons en même temps sur l'expérience de nos élus locaux et régionaux pour démontrer combien nous sommes utiles, combien le combat écologiste est utile.

D'une façon certaine, EELV est un parti aux racines régionales, par ses forces vives, par ses combats et par ses élus. Et je témoigne que l'on peut par là durablement agir pour changer notre pays. Débattons-en en tout cas !

Relançons dès aujourd'hui et au tout au long de 2013, année sans élections, une réflexion de fond. Je crois avant tout aux "conventions territoriales pour l’écologie" : nous pourrons y renforcer le fil qui doit nous lier à l'écologie de terrain, mais aussi à nos sympathisants déjà acquis… ou encore à convaincre. Profitons-en aussi pour débattre sur ce que sera notre position lors des prochaines élections locales de 2014, notamment les municipales. N'est-il pas indispensable que nous puissions générer des candidatures nombreuses et de qualité dans le maximum de communes, portant localement la force de nos propositions et élargissant en même temps notre vivier de talents ? N'est-ce pas ainsi que nous démontrerons la force de nos convictions et la qualité des femmes et des hommes qui les portent ?

Je le crois pour ma part. Je suis persuadé qu'EELV est un parti de bâtisseurs, et qu'il faut avec force le démontrer à nos concitoyens.

C'est en tant que bâtisseurs que nous prenons le risque de l'exercice du pouvoir.

C'est en tant que bâtisseurs que nous sommes au cœur des luttes de terrain.

C'est en tant que bâtisseurs que nous tissons la toile des élus et de propositions écologistes du Parlement de Strasbourg jusqu'aux plus petites communes en passant par l'Assemblée nationale et le Sénat.

C'est en tant que bâtisseurs que nous porterons sans faiblir le projet de transformation sociale et écologique de la société.

 

Jean-Philippe Magnen
3ème vice-président du Conseil Régional Pays de la Loire
Porte-Parole national d'Europe Écologie les Verts