17 Mar 2017

Pendant 15 ans, élu et militant écologiste j’ai participé activement à la lutte contre un nouvel aéroport à Notre-Dame des Landes.

Après avoir décidé d’arrêter la vie politique traditionnelle et donc mes fonctions électives, j’ai proposé à mon ami Patrick Grégoire, auteur de théâtre, metteur en scène et comédien bourguignon d’écrire et monter une pièce sur l’histoire de cette lutte ce qu’il avait déjà réalisé sur bon nombre de sujets (notamment l’histoire de la métallurgie avec « Métallos et dégraisseurs » plus de 200 représentations dans toute la France et 3 fois au festival d’Avignon). Mon engagement politique contre ce projet prenait donc une autre forme mais restait vivace et connecté au terrain.

Ensemble, nous avons donc enregistré 30 heures d’interviews auprès d’opposants, élus, paysans expropriés, zadistes, naturaliste, pilote, architecte, juriste, présidents de comités de soutien, chef d’entreprise. De cette riche matière qui a nourri un travail d’écriture de plusieurs mois sont en fait nés deux spectacles, Le cauchemar du Préfet et Les tritons prendront l’avion.

Les tritons prendront l’avion

Première pièce écrite, pour quatre comédiens, la première était prévue le 26 janvier 2017 à Cluny, en Saône-et-Loire, mais une censure du maire de la commune a reporté le projet de 10 mois. La première aura lieu en Normandie à Dieppe en Novembre 2017, s’en suivra une tournée en Bourgogne et Loire-Atlantique en Novembre / Décembre 2017. Nous vous communiquerons toutes les dates très prochainement. Cette pièce évoque les luttes des opposants, la résistance paysanne depuis 1963, le rôle de la presse et des élus locaux, la grève de la faim de 2012 et la fameuse opération César de novembre 2012.

Le cauchemar du Préfet

Écrit dans un second temps à partir du même matériau de départ, ce monologue écrit et joué par Patrick Grégoire a été présenté plusieurs mois avant Les tritons, principalement en Loire-Atlantique lors des deux tournées effectuées en novembre 2016 et février 2017.

Il s’agit d’une fable écologique qui dépasse l’espace temps de Notre Dame des Landes pour universaliser cette lutte. L’humour et l’onirisme se conjuguent à l’incongruité des situations : « je désirais évoquer plus précisément les pouvoirs, complicités et logiques d’Etat, des bétonneurs, des grands fonctionnaires, des décideurs », explique l’auteur-comédien.

Pour Patrick et moi, « cette réalité est tellement folle, les mensonges sont tellement patents, les manipulations tellement énormes, les enjeux tellement stupides, qu’ils nous racontent la folie humaine dans toute sa grandeur. Ils nous racontent comment la réalité est devenue fiction, comment le système est devenu cauchemar ».

VERBATIMS

« Parler d’un sujet d’actualité aussi controversé que l’aéroport de Notre Dame des Landes n’est pas chose simple. Patrick Grégoire, par sa plume acérée, sa finesse de jeu et son interprétation à la limite de la schizophrénie nous emporte dans son univers avec beaucoup de justesse. L’expérience que nous vivons à ce moment est tellementforte que nous n’avons pas envie d’en perdre une miette... Le texte est poignant de vérités et Patrick le fait résonner auprès d’une cause plus large que celle liée à l’Aéroport de Notre Dame des Landes. C’est à mon sens, une ode à la justice et à la prise de conscience collective. Nous avons accueilli à deux reprises le spectacle « Le cauchemar du préfet » au TNT et ces deux fois ont été un grand plaisir pour nous. En plus d’être un spectacle en tous points réussis, les sept représentations ont été un succès au niveau de la fréquentation, car nous avons fait salle comble à toutes les dates. Ce spectacle, sans but moralisateur, nous transporte dans une réalité où le combat est un pas vers la liberté...»

Sophie Bouriel, Directrice du TNT

« Il s’agit de Notre Dame des Landes, mais ce pourrait très bien être un autre de ces projets parfaitement inutiles. Car les préfets défendent partout la fameuse «Utilité Publique» ! Heureusement ce Préfet-là parle et laisse parler son inconscient ou sa mauvaise conscience pour nous livrer tous les dessous de l’affaire. Un monologue étonnant, férocement drôle, voire… détonant ! Et une sacrée performance d’acteur à ne manquer sous aucun prétexte ».

Françoise Verchère, ancienne maire de Bouguenais, et présidente du Cédépa (comité des élus qui doutent de la pertinence du projet d’aéroport à NDDL)

« Compilant de nombreux témoignages de militants au projet de « Notre Drame des Landes », Patick Grégoire, seul en scène, donne de la voix avec une énergie, un enthousiasme et un humour communicatifs. Mais cette performance d’acteur est loin d’être un simple catalogue des arguments contre ce projet plus que contestable (et contesté), il sait aussi nous donner à réfléchir en pointant les incohérences, les impacts sur l’écosystème, et surtout la folle obstination des « décideurs » faceaux militants de terrain. Ajoutez à cela une dose de poésie, un soupçon d’humanisme et on rêve que ce cauchemar soit joué partout, et fasse enfin évoluer les consciences ! »

Steve BELLIARD, directeur en charge de la culture au centre socio-culturel de Changé (Sarthe)

« Entrez dans l’intimité du préfet avec ce monologue frénétique et la performance survoltée de Patrick Grégoire. Quand le théâtre renoue avec ses origines en posant à la Cité des questions, en informant, nous passons un moment jubilatoire ! »

Yves et Nathalie du comité anti-aéroport de la région nazairienne (44)

Revue de presse

Historique de la lutte

Cet historique aussi juste que partisan, à l’inverse de ceux des pro-NDDL, qui sont aussi faux qu’objectifs, a pour objet de donner quelques repères avant le spectacle « Le cauchemar du Préfet »

1963 : premier projet d’aéroport à NDDL. Il s’agit de faire décoller atterrir le concorde pour qu’il passe le mur du son au-dessus de l’Atlantique car il fait trop de bruit à ce moment-là.  Projet abandonné.
Années 1970 : deuxième projet. Faire atterrir des avions ferry (c’est la pleine période des projets les plus fous, on veut développer l’avion ferry qui débarquerait des Anglais avec leur voiture) Projet abandonné après le premier choc pétrolier de 1973.
Dans les années 80, on envisage de faire de NDDL un aéroport de fret pour tout le grand ouest. Projet abandonné.
Dans les années 2000 le couple Ayrault/Fillon décide de transporter l’aéroport de Nantes Atlantique, situé tout près de Nantes, à NDDL. Ils estiment que l’aéroport actuel ne peut pas suivre la progression du trafic aérien et qu’il est dangereux pour la sécurité car situé à 5 kms du centre-ville de Nantes.
Il s’agit de bétonner 1600 ha de terres agricoles dont 98% sont en zone humide. Depuis 1963, ces terres ont été préemptées par le Conseil Général de Loire Atlantique. Elles n’ont pas subi de remembrement. Elles sont devenues un exception écologique. (Il faut savoir qu’en France on bétonne tous les sept à huit ans l’équivalent de la surface d’un département de terres agricoles, des terres qui retiennent le CO2, empêchent les ruissellements, etc.)
La résistance s’organise autour des paysans. Les opposants demandent une étude sérieuse de rénovation de l’aéroport actuel. Leur demande ne sera jamais acceptée. Ils montrent que des pistes équivalentes à celle de Nantes Atlantique reçoivent 5 fois de passagers sans problème (à Genève notamment)
La DGAC (Direction Générale de l’Aviation Civile) fait une étude de faisabilité et de coûts de l’aéroport de NDDL. Elle est dénoncée comme fantaisiste par les opposants, qui chargent un cabinet aéronautique international indépendant d’étudier les documents DGAC. Le cabinet relève de nombreuses fautes, omissions, etc. Les opposants n’ont aucune réponse des autorités. Leurs contre-propositions ne sont jamais étudiées, comme ne sont jamais pris en compte les avis de tous les scientifiques opposés à l’aéroport.
En 2007, le Préfet de Loire Atlantique accorde à l’entreprise Vinci, société qui doit construire l’aéroport de NDDL, la concession (très rentable) de l’aéroport de Nantes Atlantique. Un an après, il est embauché par cette même entreprise (le contrat de concession ayant été signé entre l’Etat et Vinci en 2011).
En 2009, ceux qu’on appelle aujourd’hui les zadistes commencent à s’installer sur la zone avec l’aide des paysans qui voient en eux des alliés précieux.  Pour mémoire : la ZAD est une Zone d’Aménagement Différé. Elle devient une Zone A Défendre.
En 2012, l’aéroport de Nantes Atlantique, considéré comme obsolète et dangereux par les partisans de NDDL, est élu meilleur aéroport régional d’Europe par les compagnies aériennes.
La même année, pendant les Présidentielles, les opposants qui en ont assez du mépris des autorités, organisent une grève de la faim. Ils obligent le candidat Hollande à une promesse : Qu’aucune expulsion n’ait lieu tant que les recours des opposants devant la justice ne sont pas terminés. En octobre de la même année, 1200 gardes mobiles sont envoyés sur la zone pour expulser les zadistes. Ils n’y parviennent pas mais leurs pratiques met le conflit au grand jour grâce aux chaînes de télévision. Le premier ministre de l’époque, un certain JM Ayrault, essaye de sauver la face en créant une commission du dialogue et des comités d’experts sur les questions environnementales.
Mais les opposants ne sont pas dupes et développent leur propre expertise citoyenne. Ils sont donc rejoints par des experts aéronautiques, des architectes, des pilotes, des économistes, des naturalistes. Ils lancent des ateliers citoyens, reprennent tous les calculs de la DGAC et pointent les incohérences. Ils font des propositions chiffrées de la rénovation de Nantes Atlantique. Réponse des pro NDDL : « Quand vous aurez fini de jouer aux lego, on passera aux choses sérieuses ».
2015. Le premier ministre Manuel Valls, à cours d’arguments pour justifier la pertinence du projet NDDL, annonce : « Les experts de la DREAL (ministère de l’écologie) ont prouvé que l’aéroport actuel menace les oiseaux de la réserve du lac de Grand-Lieu. Il faut donc le déplacer par souci écologique ». Le canard enchainé publie le rapport de la DREAL… qui dit exactement l’inverse.
2015. Un nouveau préfet est nommé en Loire Atlantique. Auparavant, à Toulouse, il a refusé que l’aéroport, proche du centre-ville, soit éloigné de celui-ci. Pour justifier ce refus, il a utilisé des arguments similaires à ceux des opposants à l’aéroport de NDDL. Un espoir naît chez les opposants. Le Préfet nie l’action qu’on lui prête. Le canard enchainé publie la lettre qu’il a signée. Le Préfet cesse de communiquer sur le sujet.
2016. Le Président Hollande, qui ne sait comment se sortir de l’impasse NDDL, décide d’organiser un référendum. Un référendum local, qui a force de loi, est impossible pour un projet d’intérêt national. Il est donc décidé que sera organisée une consultation. Deux régions sont directement concernées par cet aéroport. Dans ces deux régions, le non semble l’emporter. On décide donc que la consultation sera réservée aux électeurs de Loire Atlantique. Le oui l’emporte à 55% sur une question entretenant des confusions. La consultation redevient un référendum pour tous les pro NDDL, qui rappellent la attachement à la démocratie et « la nécessité de respecter la démocratie »
2017. aujourd’hui à l’aube de l’élection présidentielle, ce dossier continue de cristalliser les affrontements politiques y compris au sein des mêmes familles politiques. La France est toujours en infraction au regard du droit environnemental européen. Mais de moins en moins de candidats à la fonction suprême soutiennent ce projet. Aujourd’hui, il ne reste que Fillon et avec une grande tiédeur, Emmanuel Macron. Le candidat socialiste a affirmé son opposition dès la primaire de la gauche et vient de signer un accord politique avec le candidat écologiste qui stipule « l’abandon de la réalisation d’un aéroport à NDDL »…

A suivre…